Suite et fin
J'avais 16 ans
ARCHES NATIONAL PARK
10 millions d'années y ont façonné des paysages somptueux, surréalistes :
arches de pierre, rochers suspendus, cheminées de fées, falaises rouges vertigineuses, voûtes naturelles creusées dans la pierre.
PARK AVENUE
animée d'ombres et de lumière, alignement de rochers monolithes imposants, formant de hautes parois.
WINDOWS SECTION
avec ses superbes arches et nombreuses aiguilles rocheuses.
Je les contourne en empruntant le sentier primitif de 1,6 km.
La lumière est pure, cet espace est le mien, je suis seule, enveloppée de silence et de beauté.
Elle ne me quittera plus.
Un Jack Rabbit détale à mon approche.
Au loin j'entends une meute de chiens de chasse.
Des Mountain Bluebirds chantent avec gaieté.
La mythique DELICATE ARCH domine la vallée.
La montée est rude, des cairns indiquent plus ou moins bien le sentier, long de 4,8 km.
Superbes pétroglyphes.
Je ne me rappelle que la chaleur écrasante en août 1984 et la soif.
Le sentier taillé à même la falaise borde le précipice, effleure la bordure du canyon et je débouche sur Elle…
comme posée par miracle au bord de la falaise, en équilibre sur le monde.
A sa base, un cirque rocheux…
Est-elle une des portes du monde ?
Le silence me parle comme il y a 24 ans, ce même silence,
une enveloppe de silence…
"with beauty all around me I walk
Fell the power of beauty
There is purity and strength her.
And Places sacred to the people
Places strong in the oneness of earth and sky and of all things"
FIERY FURNACE
Labyrinthe de rochers aux formes étranges et surprenantes, on ne s'y aventure pas seul tant le tracé est confus...
Neiges en sentinelles au loin...
Monde minéral, symbole de la permanence, bois fossiles...
DEVIL'GARDEN (le jardin du diable)
avec la LANDSCAPE ARCH, une des plus longues arches du monde: 32 m de haut, 93 de long, effilée à l'endroit où un morceau de roche s'est détaché.
Le sentier se poursuit sur les roches, à travers des paysages spectaculaires et vertigineux.
Je marche en équilibre sur l'arête rocheuse qui surplombe le précipice.
Et ton vertige Soledad?
JE DANSE SUR LE TOIT DU MONDE.
Le vent souffle fort, seule encore, j'écoute sa plainte...
Arrivée à DOUBLE O ARCH (6,8 km) qui forme un superbe 8 dans le ciel.
Je crapahute et saute de roche en roche.
Depuis ce matin, j'ai marché 25 kms!
Des batons en guise de jambes mais je me sens vivante, emplie de toute cette beauté originelle.
Deuxième nuit à MOAB, cette fois au Motel 6, impersonnel comme j'aime et fonctionnel.
MOAB, bordée de falaises rouges, s'est développée autour de la grande route qui la traverse comme la plupart des petites villes américaines.
C'est de ses mines que provient l'uranium des bombes atomiques lancées sur HIROSHIMA et NAGASAKI.
Le ciel est constellé d'étoiles.
Ce matin, le temps semble couvert, direction le DEAD HORSE POINT, fantastique promontoire sur la COLORADO RIVER avec tous ses dégradés de vert.
Petite pensée pour Thelma et Louise plongeant main dans la main vers l'ultime liberté...
CANYONLAND'S NATIONAL PARK
Le plus mythique, le plus beau à mes yeux.
Mon sanctuaire...
ISLAND IN THE SKY
étroite bande de terre délimitée d'un côté par la COLORADO River et de l'autre par la GREEN River qui serpentent 600 mètres plus bas.
Sur le plateau, le vent souffle de plus en plus fort et un épais nuage de neige s'abat sur la vallée, c'est comme à la naissance du monde...
De moelleux flocons tombent, balayés par le vent.
Hier encore, à quelques miles de là, je ressentais la brûlure du soleil, j'ai le visage en feu.
Aujourd'hui, une averse de grêle succède à cette mini-tempête de neige.
Je redescends sur MOAB pour gagner la partie Sud du Parc.
Le parc fait 848 km2 de superficie: 3 heures de route entre les 2 sites!
Je remplis le réservoir d'essence tous les 2 jours!
(20 $ le plein)
Je traverse les NEEDLES, une vallée verdoyante.
Le soleil s'est levé.
Je n'ai pas oublié cette route, celle de mon adolescence et s'il n'y en avait qu'une à suivre, ce serait celle-là.
Le NEWSPAPER ROCK
sublimes pétroglyphes (dessins et signes) gravés dans la roche par les Anasazis
Les Navajos l'appellent le Rocher qui raconte des histoires...vieilles de 700 ans!
Je touche cette pierre avec respect et l'écoute...
La route traverse une vallée couverte de prairies et de cultures au pied des falaises rouges.
Je partage ce vaste espace avec quelques vaches qui broutent paisiblement.
Une gracieuse biche s'enfuit à mon approche.
Qu' elle est douce ma solitude!
Une piste serpente entre de gros champignons rocheux rouges et blancs jusqu'à ELEPHANT HILL qui a la forme d'un...éléphant.
Une peinture minérale et végétale se déploie sous mes yeux:
paysages désertiques et lunaires, jeux d'ombre et de lumière, gros édredons en guise de nuages, ciel bleu turquoise.
Contemplative je suis, le silence est là et moi je l'avais rêvé.
La solitude contemplative...
J'emprunte la piste de CAVE SPRING qui slalome entre ces champignons minéraux.
Ils renferment des cavités rocheuses, un ancien campement de centaines de cow-boys gardant 10 000 têtes de bétail.
Des échelles pour en gagner le sommet, de larges dalles rocheuses...
Le jeu du petit poucet reprend:
trouver les cairns (petits tas de pierres) qui indiquent le sentier...Très ludique!
J'adore cet endroit.
Seule, seule, des dizaines de miles à la ronde...
Et le mouvement fait la loi!
Je ne suis pas nostalgique à l'idée de repartir, je sais que ces sanctuaires de beauté existent, à tout jamais.
J' y ai puisé ma force, je suis plus riche d'eux déjà.
Ils étaient là à la naissance du monde.
"Peut-être le pouvoir sacré de la nature est de nous rêvéler à nous-mêmes, de nous rappeller ce qui est important, l'essence même de la vie et son universalité."
Une lumière orangée se reflête sur les parois rocheuses.
Une famille de biches (pronghorn antelope?) et de cerfs mulets se tient au bord de la route.
Que vous avez de longues oreilles!
Plus loin, ils sont des dizaines et des dizaines à traverser la route au soleil couchant et c'est la lande toute entière qui s'anime.
Des petites têtes surgissent ça et là, de grands yeux en amande, des pompons en pagaille.
Plusieurs centaines d'individus, beaucoup de jeunes. J'ai coupé le moteur depuis longtemps.
Je m'enfonce dans la forêt pour finalement renoncer à cette traversée sauvage, la route est verglacée par endroit, je ne suis pas équipée...
Qui me dépannerait ici, au milieu de nulle part...et au bout de combien de temps?
La nuit est tombée sur la beauté du monde.
Je m'arrête à MONTICELLO, le môtel des routiers, super bon marché super confortable, avec petit-déj et internet en prime!
Quelle vie celle des routiers aux USA!!!
Je n'oublie pas que c'est garée sur leurs parkings que je dormais dans la voiture une nuit sur deux, que c'est là que je me sentais le plus en sécurité sur ces grandes autoroutes américaines...
L'unique station service de ce minuscule bourg fait aussi office de cafétéria.
Une ambiance indéfinissable règne ici.
Il neige fort une bonne partie de la nuit, je pars au lever du soleil, la route est enneigée mais pas verglacée.
Je suis vraiment passée au travers...
La route est longue et ensoleillée jusqu'à FLAGSTAFF.
Je repasse par MONUMENT VALLEY, KAYENTA, MEXICAN HAT, saupoudrés de neige cette fois.
Je traverse le territoire HOPI avec tout du long de nombreux corals et de magnifiques cheveux Apaloosas.
Il y a plus d'églises que de stations-services...
Le temps semble s'être arrêté même à la radio...FLETWOOD MAC...!
Comme j'ai pu danser sur ces morceaux, le groupe fétiche de ma famille de Rock!
Je découvre mon dernier parc, le WUPATKI, ses étendues désertiques et son WUKOKI pueblo, étrange forteresse rouge arrimée à un rocher jaillissant du désert.
Le parc renferme le SUNSET CRATER VULCANO avec ses pentes recouvertes de poudreuse noire et de profondes forêts de pins.
Un sentier serpente entre les coulées de lave noire.
La dernière éruption remonte à plus de 800 ans, un bébé volcan en somme.
Théo me dit au téléphone: "je me sens pas très bien sans toi, la nuit surtout, au moment de m'endormir. Je suis inquiet parce que tu n'es pas là, parce que je ne suis pas avec toi".
Tu dis à Mamychat que tu n'es pas dans de bonnes conditions, que ce n'est pas ton lit!
Je te dis que tu es dans mon coeur quand je ne suis pas avec toi (si peu souvent!) et que bientôt je serai là avec toi.
Je t'aime mon tout petit homme.
Je rentre vite.
Embouteillage monstrueux sur la route qui me ramène à PHOENIX...
Retour difficile à la civilisation...
La nuit tombe, mal aux yeux, je m'arrête dans une zone industrielle de PHOENIX, l' hôtel est hors de prix mais il ne reste plus qu'une seule chambre et je suis trop fatiguée pour rouler encore.
Une fois ma valise déposée, je gagne le centre commercial, j'adore leurs librairies!
La caissière me raconte sa vie et Jérome, la communauté où elle vit.
Les américains sont tout simplement... gentils.
Sensation étrange ce monde après cette incursion solitaire en terre Navajo.
PHOENIX est la 5ème ville des USA, 320 jours de soleil par an...à vous faire déprimer!
Elle s'étend autour des SUPERSTITION MOUNTAINS et des crêtes roses des collines.
SCOTTSDALE, l'un de ses quartiers, est recouvert de palmiers, d'arbres tropicaux et de gazon fleuri.
Ses supermarchés ont la couleur de la glace à la fraise, les patios et les murs des maisons sont recouverts d'adobe.
Je me rends pour la 2ème fois au HALL OF FRAME, le plus grand musée au monde des pompiers.
Un Mémorial a depuis été crée en hommage aux pompiers du 11 septembre 2002 et quel mémorial!
Un cheval de couleur mauve métallisé avec une botte à l'envers plantée dans l'étrier.
Une amie me racontait qu'aux funérailles du Roi Hussein de Jordanie il y avait un cheval sans cavalier.
Aux étriers de ce cheval, des bottes tournées vers l'arrière...
c'était triste à en pleurer.
Le cheval a perdu son cavalier...
Le spectacle est sur le parking:
des retraités coiffés de Stetson, cheveux rasés pour les dames (!), totalement hystériques et des voitures paquebots sorties des années 60.
De nombreuses Roll's de collection tout comme leurs propriétaires!
Envol pour ATLANTA (quelle chance! La tempête de neige sévit toujours sur NEW YORK et comme à l'aller, les avions ont été annulés).
L'avion a du retard à cause des mauvaises conditions météo, j'attrape ma correspondance au vol, au moment même où ils déboitent le sas...
MERCI mon dieu!
J'arrive au bord de l'évanouissement tant j'ai couru et m'affale sur mon voisin, un adorable américain, marié à une espagnole qui vit à...CLERMONT-FERRAND!
Nous parlons St-Nectaire et volcans...Le bonheur!
Je quitte ma terre natale, la tête emplie de beauté et de paix.
J'ai trouvé mon âme... et j'ai attrapé toutes les couleurs.
Soledad
Article ajouté le 2007-12-24 , consulté 92 fois
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