7 cartouches de rêve et 1 conseil
SEPT CARTOUCHES DE REVE ET UN CONSEIL
Seuls partirent les passants amarrés à leur propre personne.
Mais avec eux
Elle s'en allait
Les murs rasant.
Je n' ai pu supporter qu' elle me quitte.
On aurait dit que mes veines
Etaient vides de sang.
J'ai couru sur le quai, le bateau s'éloignait.
L'inscription maritime affichait :
Dernier bateau
Pour Soledad
aujourd'hui,
Plus jamais de départ.
Je suis rentré dans la vile,
Dans ma maison
Au coin de la place.
J'ai sellé mon cheval
Graissé ma carabine,
Et je suis parti
Pour faire le tour du monde.
J'ai crevé cent chevaux,
J'ai perdu la route de l'espoir,
J'ai souffert
Du froid,
De la faim,
Des cauchemars,
Du désespoir.
Je suis arrivé dans un pays
Dont aucun des habitants ne connaissait le nom.
C'est comme ça que j'ai su
Que c'était
Ici
Qu'il me fallait chercher.
J'ai demandé à la Lune :
« Toi, là-haut, où est-elle ? »
Cette sotte étoile m'a raconté sa vie !
Que l'homme de la Lune l'avait abandonnée,
La laissant
Nue
Parce qu'il avait sommeil.
C'est depuis ce jour-là
Qu'on la voit
La nuit
Et parfois un peu rouge
Ou couverte de lambeaux qu'elle essaie de vêtir.
Je lui ai dit :
« calme-toi.
Je m'en fous de tout ça.
Je te demande où aller.
Après 40 jours de pleurs elle m'indiqua la route.
J'ai pris par là et je marchais longtemps.
Sur le seuil d'une chaumière,
Au bout d'un chemin,
Où mon cheval s'était abattu, épuisé,
Je l'ai reconnue.
Je l'embrassais partout,
Sur le nez,
Sur la bouche comme une fleur de grenadier,
Sur les seins.
Ma chimère m'a dit :
« je ne veux plus me sauver ».
et nous partîmes enlacés
Vers mon pays, avec ses grands chantiers,
Vers ma maison, avec ses fleurs et ses livres,
Pour nous aimer
Jusqu'à l'infini des hommes.
Mais ici j'ai menti
Pour faire plaisir aux amateurs de belles histoires
Car je suis revenu
Sur un étalon noir,
Seul,
Durci,
Vers mon pays lointain,
Vers ma maison en ruines.
Dors mon âme,
Dors,
Le jour n'est pas encore venu.
Tu n'as pas épuisé tous tes chargeurs de rêve
Et dans ton sommeil la lutte continue.
José M, mon père

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