ABUELO
Entre toi et ton corps, il y avait eu rupture, quelque chose qui ressemblait à une fracture.
Tu avais tellement mal à ta peau.
Toute celle-ci n'était qu'un masque et seules des caresses douces et lentes auraient pu recomposer ton image.
Aux endroits sans chance, tu regardais tout autour de toi.
C'était sans fin, comme à la naissance du monde.
Tu te regardais mourir, comme absent de ta vie.
J'aurais voulu que tu inventes chaque nuit une nouvelle histoire qui ne verrait jamais la vie mais,
tu nous a laissé juste ton ombre,
cette parure d'étoiles,
brume lumineuse et arrière-pays de mon passé.
Peut-être ta vie fût-elle ton langage, indéchiffrable,
surimpression de force et de désespérance à la fois,
Mais tu vois,
le temps passe sur la douleur.
Rien ne reste, ni l'amour ni l'aigreur.
Avec l'immense espérance du vent.
Dans ma ville étoilée,
couleur de l'absence et de l'oubli,
j'ai toujours su qu'on pouvait commencer sa vie en mentant et la finir sans mentir.
Est-ce pour cela que tu t'en es éloigné, l'enveloppant d'un linceul de silence ?
Cela ressemblait à la vérité.
De si loin que l'on revienne, ce n'est jamais que de soi-même.
Ils t'ont recouvert de la poussière de l'oubli et pourtant,
je te réinvente chaque jour,
toi et l'histoire,
afin de ne pas laisser échapper l'amour.
Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves.
Soledad

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