HOMMAGE ET TESTAMENT

 

Joseph Epstein appartient à une famille aisée de culture yiddish. Dès son plus jeune âge, il participe, dans les rangs du Parti communiste polonais, à la lutte contre le gouvernement de Piłsudski.
En
1931, il doit s'exiler et choisit la France pour terminer ses études.

En 1936, il combat aux côtés des républicains espagnols dans les brigades internationales et il est grièvement blessé.

Pendant sa guérison il participe à l'action de la compagnie maritime « France Navigation ». Celle-ci était chargée du transport de l'aide à l'Espagne républicaine.

Il retourne en Espagne et est affecté à la compagnie d'artillerie « Anna Pauker ».

Il participe à la Bataille de l'Èbre et est cité à l'ordre de l'Armée.

À son retour en France en 1939, il est emprisonné au camp de Gurs. Il est libéré en juillet 1939.

Il s'engage dans la Légion étrangère et est fait prisonnier pendant la campagne de 1940. Il est envoyé dans un Stalag en Allemagne près de Leipzig d'où il s'évade en décembre 1940 et rejoint la lutte clandestine en France auprès des Francs-tireurs et partisans (FTP).

Tout d'abord principal responsable, en 1942, des groupes de sabotage et de destruction (GSD) créés par les syndicats CGT dans les entreprises travaillant pour l'occupant, il prend la direction de l'ensemble des FTP de la région parisienne, en mai 1943, sous le nom de « colonel Gilles ».

Il a l'idée d'engager des commandos de quinze combattants à Paris permettant de réaliser un certain nombre d'actions spectaculaires, qui n'auraient pas été possibles avec les groupes de trois qui étaient la règle dans l'organisation clandestine depuis 1940.

Il instaure, donc, une tactique de guérilla urbaine que mettent en œuvre les Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI).


Il est arrêté, en gare d'Évry Petit-Bourg, avec Missak Manouchian le 16 novembre 1943, dénoncé par un traître.

Il est torturé des mois puis fusillé au fort du Mont-Valérien avec 28 autres résistants, le 11 avril 1944. Le jour de son exécution, il aide un camarade à s'évader du camion qui les amène au peloton d'exécution.

 Joseph Epstein, ce père mort à 33 ans, qui ne parla pas sous la torture, et qui malgré un rôle politique de premier plan sous l'Occupation, a été complètement oublié la paix revenue.

Ou presque.

De Tours à Bordeaux en passant par Paris ou Lyon, il rencontre Lucie et Raymond Aubrac, Lise London,Maurice Kriegel-Valrimont.

Engagé très tôt auprès des Républicains espagnols, il se lève dès le début de l'Occupation contre les nazis.

Instigateur de la guerilla urbaine, chef des Francs tireurs et partisans en Ile-de-France,Joseph Epstein a passé toute sa vie clandestine à se cacher sous de fausses identités. Ce qui explique son oubli à la Libération. Très documenté, ce film BON POUR LE LEGENDE, serre la gorge et rend (enfin) hommage à un très grand homme.


Joseph EPSTEIN à sa femme et à son fils
Prison de Fresnes (Seine) le 11 avril 1944

Ma petite Paula bien-aimée,

Fidèle jusqu'au dernier souffle à mon idéal, cet après-midi à 15 heures, je tomberai fusillé.
Je te laisse seule avec notre petit garçon chéri. Je ne pense qu'à vous deux. Je vous aime tellement, je t'aime tellement, ma petite chérie. Je te demande pardon de tout le mal que j'ai pu te faire. Tu m'as donné tellement de bonheur. Maintenant j'y repense ; je revis ces instants de bonheur passés près de toi et près de notre petit garçon chéri. Sois courageuse, ma petite bien-aimée. Défends notre petit Microbe chéri.
Vive la France, Vive la liberté!

Mon petit Microbe, mon fils,

Mon petit fils chéri, je revois ta petite figure souriante, j'entends ta voix si gaie. Je te vois de tous mes yeux. Tu es tout notre bonheur, le mien et celui de ta maman chérie. Obéis à ta maman, aime-la par-dessus tout, ne lui cause jamais de chagrin. Elle a déjà tellement souffert. Donne-lui tellement de bonheur et de joie.

Vous serre tous les deux dans mes bras. Vous embrasse de toutes mes forces, de tout mon cœur, votre papa-car.

PS : mon testament se trouve chez la belle-mère à Henriette
Mes amitiés à tous nos amis. Je leur demande de t'aider, de vous aider et soutenir
Joseph

Extrait de La Vie à en mourir. Lettres de fusillés, Seuil, 2006.



Article ajouté le 2009-11-05 , consulté 11 fois

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